Qui est Nour?

En bref
Artiste transdisciplinaire égypto-québécois·e aux identités queer et migrantes, Nour Symon croise poésie, musique de concert et arts visuels dans une œuvre lyrique et bruitiste reconnue internationalement, couronnée de plusieurs prix littéraires et musicaux.
En détail
« L’égypto-québécois·e Nour Symon offre des propositions lyriques, bruitistes et intimistes, mues par une envie de revaloriser la complexité des interactions entre ses identités — queer, migratoire, amoureuse du bruit du monde. Une rencontre désirante entre les arts visuels, la musique de concert et la poésie préside à sa démarche. Cette transdisciplinarité se reflète tout particulièrement dans ses tableaux sonores — partitions graphiques instrumentales ou performatives, interprétées ici et ailleurs par des musicien·nes et artistes aux parcours aussi sinueux que possible.
Ses plus récents livres, خول Khawal ou le privilège de la beauté (essai poétique) et Doux rêves, belles personnes (livre jeunesse), viennent de paraître respectivement aux éditions du Noroît et Dent-de-lion. Son recueil poético-sonore L’amour des oiseaux moches (2020) a été finaliste aux Prix littéraires du Gouverneur général et au Prix Émile-Nelligan. Sa suite poétique « Enfance grenade » lui a valu le prix Félix-Antoine Savard de poésie 2025.
Nour est directeur·rice artistique et musicale de nombreux projets – personnels ou en collaboration – depuis 2008. Parmi ses collaborateur·rices régulier·ères, on retrouve l’ensemble SuperMusique, qui a créé et endisqué ses deux plus importantes partitions graphiques – soient je suis calme et enragé·e (2022, disque 2025) et voir dans le vent qui hurle les étoiles rire, et rire (l’un·e sans l’autre) (2016-2018, disque 2020). Nour Symon est aussi un·e pianiste de musique actuelle (improvisation libre) accompli·e s’étant produit de par le monde, entouré·e d’humain·es magnifiques.
Son travail visuel a fait l’objet d’expositions à l’Usine C, à la Charpente des fauves (Québec), à la Maison de la culture du Plateau-Mont-Royal, à la Chapelle historique du Bon-Pasteur ainsi qu’au Palazzo Ducale di Lucca. Ses œuvres transdisciplinaires principales incluent la mise en opéra du roman Le désert mauve de Nicole Brossard, qui a pu être entendue de Stockholm à Calgary, en passant par Montréal, Québec, Jonquière, Edmonton et Oulu (Finlande). voir dans le vent qui hurle les étoiles rire, et rire, un tableau sonore de 40 minutes co-composé avec Yannick Plamondon pour l’Orchestre symphonique de Québec et la marimbiste Anne-Julie Caron, a été présenté pour célébrer l’inauguration du pavillon Lassonde du Musée national des beaux-arts du Québec (2016).
Nour Symon est aussi chercheur·euse indépendant·e : ses écrits ont été publiés sur de nombreuses plateformes dont la revue Circuit – musiques contemporaines, les Cahiers de la SQRM, le site cettevilleetrange.org ou encore la revue Écosystème de la Chambre Blanche. Ielle est fréquemment invité·e comme conférencier·ère, à titre d’autaire, de compositaire et de chercheur·euse, notamment à l’Université d’état de Bahia, l’Université Paris-Sorbonne, l’Université McGill, Simon Fraser University, Western University, l’Université de Montréal, l’Université du Québec à Montréal, Vincent-d’Indy et dans différents Conservatoires de musique du Québec et de France.1 »
Capsule avec Nour
Fragments de l’oeuvre de Nour


Transcription audio de l’épisode
Nour
Je suis une personne qui aime beaucoup danser.
Je me suis beaucoup empêché·e de danser parce que je pensais que le fait que je n’aimais pas danser était intrinsèque. Mais en fait, j’ai réalisé plus tard que c’était le volume sonore, les lumières, la pression sociale qui faisait que je n’aimais pas ça.
Mais, actually, maintenant que je sais que j’ai juste à mettre des bouchons, des lunettes fumées et ce genre de choses, c’est ça.
Je redécouvre que je suis une personne qui aime danser.
J’aime beaucoup le fleuve, l’eau, le vent. Et dès que j’ai une chance de retourner sur le bord du fleuve, dans le bas du fleuve, j’y vais.
C’est mon safe space.
Sarah
Est-ce que tu as des personnes dans ton entourage qui habitent là-bas?
Nour
J’ai développé des amitiés, mais ma grand-mère québécoise vient du bas du fleuve. Mais toute ma vie, elle habitait à Notre-Dame-de-Grâce. Ce n’est pas un endroit où on allait en famille.
C’est vraiment quelque chose qui, je ne sais pas, qui était en moi, I guess.
Sarah
Qu’est-ce que t’aimes du fleuve?
Nour
Sentir les éléments dans mon corps, je pense que c’est la chose que j’aime le plus.
On dirait que ça me permet d’accueillir comme l’espèce de... Je sais pas, de vie en moi, de vie de mes idées, de... pas me sentir too much pour une...
C’est un des rares endroits où je me sens pas too much, tu sais, parce que le fleuve est cr*ssement too much.
Mais... Ouais, tu sais, ça m’apaise, ça me calme. Puis il y a tellement de choses à regarder, puis à ressentir.
Ça me permet de faire une espèce de vide habité.
Sarah
C’était quand la première fois que, si tu t’en souviens, que tu t’es sentie différent-différente?
Nour
Je pense que dans mon expérience de vie à moi, la question inverse serait peut-être plus adaptée à ma vie.
Parce que ça a toujours été très clair que j’étais différent-différente. Puis les gens ont toujours pensé que je faisais exprès pour être différent-différente. On m’a souvent reproché. Mais je ne fais pas exprès. Déjà, je porte un paquet d’identités qui sont très différentes de la majorité des gens. Je viens d’une minorité autochtone en Égypte.
Même dans la communauté égyptienne, je ne fais même pas partie de la majorité, je fais partie de la minorité copte autochtone. Dans cette minorité-là, je suis une personne agnostique, alors que c’est une communauté extrêmement religieuse, croyante.
Je suis une personne trans, non binaire, pansexuelle, neurodivergente, divergente.
J’ai eu des discussions récemment sur les espaces non mixtes et leurs bienfaits.
Dans mon expérience de vie à moi, la non-mixité, ça ne veut rien dire parce que, je veux dire, il faudrait trouver l’autre personne transfemme, neurodivergente, divergente, égypto-québécoise. Assez edgy, assez spécifique. Oui. J’en connais une autre à Montréal.
À l’inverse, la première fois que je me suis senti plutôt normalisé·e, c’est en arrivant au cégep. J’étais dans un groupe ultra, ultra, ultra enrichi de bol next level qui s’appelait le programme Sciences, Lettres et Arts.
Plein de gens ultra-différents, différentes, mais genre... méga-brainiacs avec juste... tellement d’intérêts spécifiques que c’était genre, je sais pas, vraiment stimulant, intéressant.
C’était la première fois de ma vie, je me sentais pas jugé·e en société.
On était un petit groupe de genre, je sais plus, une dizaine. Mais je me sentais juste comme... Ouais, je me sentais normal·e, parce qu’on était tous quirky à notre manière. Ça m’a vraiment fait du bien, puis ça a donné une espèce de premier ancrage dans ma vie pour me dire, OK, c’est pas... je suis pas juste weird.
J’ai comme... j’ai une communauté, j’ai des gens avec qui je peux jaser. D’autres personnes qui apprennent des langues vivantes ou mortes pour le fun de les apprendre parce que c’est le fun de lire des livres dans leur langue d’origine.
Sarah
Est-ce que tu penses qu’il y aurait peut-être une surreprésentation de personnes neurodivergentes dans ce type de programme-là?
Nour
Ah, clairement! Oui, oui, oui!
Puis aussi une surreprésentation de personnes issues de l’immigration neurodivergentes, en tout cas dans mon programme, parce que... C’est aussi quelque chose qui est très valorisé, qu’on est issus d’immigration de surperformer à l’école.
Ça fait qu’il y a une espèce d’intersection, genre... Dans ce contexte-là, on peut être à la fois dans nos intérêts spécifiques et faire plaisir aux attentes sociales très fortes qui sont derrière nous.
Autant de nos communautés, mais aussi de la majorité qui s’attendent à nous qu’on soit des bons immigrants. C’est-à-dire dix mille fois meilleurs dans tout que la majorité des gens, sinon, on n’est pas digne du privilège de recevoir le passeport québécois-canadien.
Sarah
Est-ce que tu as poursuivi à l’université après?
Nour
Oui, j’ai fait deux maîtrises. Oui, j’avais besoin de beaucoup de validation extérieure. J’ai fait une maîtrise en composition musicale et une maîtrise en analyse musicale.
Sarah
Qu’est-ce que ça t’a apporté de faire ces maîtrises-là?
Nour
Surtout de la validation. Parce que, tu sais ça, comme personne neurodivergente et comme personne issue de l’immigration et comme personne queer, on m’a toujours fait sentir que je n’étais pas assez bon, pas assez bonne.
Puis à un moment donné, tu sais ça, quand tu as un diplôme du conservatoire de musique de Montréal, avec grande distinction, tu fais comme bon. I made it!
Mais c’est pas au conservatoire que j’ai appris vraiment mon métier de compositeur-compositrice, pis encore moins mon métier d’auteurice, qui sont les deux métiers que je pratique depuis 15-20 ans.
Je pense que j’ai plus appris des choses concrètes quand j’étais au bac en piano classique à l’UQAM. En musique, on disait que c’était l’université de la dernière chance parce que c’est le programme où généralement on va quand on se fait refuser dans tous les autres départements de musique.
Mais en fait, j’ai rencontré là-bas plein de gens qui avaient des backgrounds super diversifiés, super différents, qui m’ont beaucoup appris, autant les étudiants et les étudiantes que les profs.
Puis c’est là où j’ai participé à mes premières manifs. Puis j’ai appris la beauté de se battre pour nos droits collectivement. Parce qu’avant, comme personne neurodivergent-divergente, j’étais toujours la personne qui se battait pour la veuve et l’orphelin, à l’école, mais dans des milieux normatifs où j’étais très isolé.
J’étais la seule à vraiment pas pouvoir accepter l’injustice dans mes classes au secondaire. Mais en arrivant à l’UQAM, j’étais comme Oh my God, OK! Genre, on est-tu une couple à trouver que c’est ça, qu’il faut se battre contre les injustices et que c’est fondamental.
Sarah
Il y a des personnes neurodivergentes qui pensent que l’espèce de sentiment d’injustice, de se battre contre l’injustice, ça fait partie de l’expérience neurodivergente aussi. Ou neurospicy, comme tu as dit.
Mais je vois aussi des gens qui pensent que ce n’est pas du tout soit un trait ou... Tu sais, ça n’a pas tant de rapports. C’est peut-être plus les réactions… qui ont un lien. Mais bref, est-ce qu’il y a toute une opinion sur ça ou...
Nour
Je pense que dans toute communauté basée sur les identités, je pense que c’est important de ramener les choses au « je » et d’éviter d’invalider en généralisant d’une manière ou d’une autre.
C’est un rappel à moi-même aussi parce que dans des milieux militants ou même dans des classes ou dans beaucoup de milieux, souvent, dans mon expérience à moi, ça a été des personnes neurodivergentes, et je m’inclus là-dedans, qui physiquement ne pouvaient pas supporter l’injustice.
Mais ça ne veut pas dire que toutes les personnes neurodivergentes autour de moi étaient dans ce même feeling-là.
Mais là, on n’exclut pas l’autre.
Ce n’est pas parce que toutes les personnes que j’ai vues autour de moi être en première ligne des luttes étaient neurodivergentes que ça veut dire que toutes les personnes neurodivergentes sont nécessairement des social justice warriors.
Sarah
Oui, 100%, je comprends.
Nour
Il y a peut-être une espèce de formule d’intersectionnalité qui fait que aussi on se retrouve souvent dans ces postures-là, ou que souvent dans ces postures-là, on nous retrouve.
Tout comme l’intersection queer puis neurodivergence.
J’ai lu quelques études vraiment intéressantes qui établissent des liens, qui restent encore à solidifier, à démontrer mieux et tout et tout, mais entre la queerness et la neurodivergence.
Ces liens-là, on peut en faire beaucoup de choses, mais je pense que le mieux qu’on puisse faire c’est de célébrer les personnes queer dans nos communautés, puis pas d’essayer de plaquer un agenda uniformisant sur nos communautés qui dirait que toutes les personnes neurospicy, neurodivergentes doivent s’identifier de la même manière, parler d’elles-mêmes de la même manière ou aborder nos enjeux de la même manière.
Parce que justement, ce qui nous unit, c’est qu’on n’est pas dans une manière de fonctionner qui est celle la plus normale, la plus répandue et la plus valorisée par la société capitaliste dans laquelle on vit.
Il y a énormément de variétés, puis c’est pas des continuums, c’est même pas des pôles, on est juste vraiment beaucoup d’individualités très, très contrastées, très riches, puis aussi avec des enjeux très différents.
Sarah
Puis, est-ce qu’en fait, tu considères... Tu avais parlé de HPI, je pense. Est-ce que tu considères ça dans la neurodivergence?
Nour
Ah, bien oui. Pourquoi?
J’ai jamais envisagé que ça pouvait ne pas être considéré comme dans la neurodivergence. Ben moi non plus en fait, mais j’avais vu des vidéos récemment.
Sarah
Un des arguments qu’une personne avait utilisé, c’était que la neurodivergence implique, mettons, une certaine souffrance en termes de diagnostic, mettons, puis que le HPI, c’est pas un diagnostic, puis en plus, selon cette personne-là, ça impliquait pas tant de souffrance parce que, selon elle, c’était comme un avantage, mettons.
Nour
Wow! Mais tu sais, bon, il y a beaucoup de choses à dire là-dessus. Beaucoup de filetage de table.
Sarah
Mais c’est pour ça, c’est juste que j’essaie de documenter…
Nour
Oui, je comprends.
Sarah
Les gens le voient autrement. Même hier, je parlais à une personne bègue, puis quand je t’avais parlé de bégaiement, je l’avais inclue dans la neurodivergence, puis elle m’a dit « Ah, merci de l’inclure, parce que souvent, les gens ne l’incluent pas. » Bref, c’est pour ça qu’il y a encore beaucoup de gens qui ne le voient pas. C’est encore débattu.
Nour
Qu’on le veuille ou qu’on ne le veuille pas, il y a une espèce de... On a été élevé·es beaucoup, je pense, à avoir une espèce de course à la souffrance, d’avoir une espèce de compétitivité, de compétition, entre autres pour avoir accès à des soins, avoir accès à de l’aide, pour pouvoir être... neuropassing, en fait, parce que c’est ça qu’on nous demandait beaucoup, en tout cas dans mon temps quand j’étais jeune.
On voulait faire des personnes neurodivergentes des personnes qui passent pour une neuronormative pour vraiment être capable d’être le plus fonctionnel possible dans les normes de la majorité. Puis c’est hyper problématique.
On dirait que quand j’ai entendu les paroles que tu as rapportées, il y a une espèce de partie de moi qui avait le goût de faire comme Yo, you don’t see our suffering! Mais en même temps, je suis comme « J’ai pas le goût de tabler sur... » faire une compétition de genre, tu souffres plus, tu souffres moins.
Mais c’est vrai que la souffrance fait partie de nos identités.
Sarah
Oui, aussi, juste le fait que cette personne-là dise ça, on dirait que ça alimente ça. Parce qu’en soi, dire ça, déjà, c’est de mettre en compétition, mettons, les personnes qui ont un HPI avec le reste et tout. Je sais aussi que HPI, douance, c’est différents termes qui ne sont pas nécessairement la même chose.
Merci d’avoir partagé quand même ton perspective sur ça. C’est super intéressant.
Est-ce qu’il y aurait un message que tu aimerais passer comme un final word sur peut-être... Un appel à l’action en lien avec nos divergences. Qu’est-ce que les personnes peuvent faire pour rendre le milieu plus inclusif, neuroinclusif? Ou juste un message « at large ».
Nour
Une chose qui est vraiment centrale pour moi, c’est de nommer, de visibiliser - exactement ce que tu es en train de faire.
Moi, ce qui m’aide beaucoup dans les contextes sociaux, dans tous les contextes, à me sentir plus à l’aise, plus confortable, c’est de savoir c’est quoi les règles, c’est quoi les demandes, c’est quoi les besoins, c’est quoi les élans, parce que d’être toujours en train de deviner, de placer les gens toujours en position d’avoir à deviner, je trouve que c’est très irrespectueux pis c’est très capacitiste.
Fait que moi je ferais vraiment un appel à dire genre... je sais pas, à voicer les besoins, les demandes, les normes sociales spécifiques, les codes sociaux spécifiques.
Des fois, ça peut demander, surtout de la part d’autres personnes neurodivergentes, ça peut amener à une espèce de piège de l’éducation, de la suréducation, mais je pense que collectivement, on doit trouver peut-être des manières de le faire sans que ce soit trop lourd.
Parce que souvent aussi dans nos communautés, dans toutes les communautés, il y a des besoins qui sont littéralement opposés.
Je ne sais pas, dans certains contextes, moi, je vais avoir besoin de beaucoup de lumière pour me sentir à l’aise, d’être capable de bien voir le lieu où je suis, tandis que d’autres personnes qui ont une sensibilité à la lumière vont avoir besoin de fermer les lumières.
Puis ces choses-là, il faut les nommer, puis essayer de trouver des manières de... Il faut trouver une manière de s’entraider à créer des conditions dans lesquelles on peut le mieux évoluer possible.
Et de créer des contextes le plus modulables possible.
Je trouve ça vraiment beau de voir les choses qui évoluent vraiment et d’être de plus en plus inclusives.
Maintenant, je peux de plus en plus sortir danser parce qu’il y a de plus en plus de lieux qui ont différents types de salles, avec des salles de repos pour les sensibilités auditives et visuelles, par exemple.
Je ne sais pas, il y a plein d’outils, des gardiens du senti qui peuvent venir nous aider. C’est des choses comme ça.
Puis de visibiliser tout ça, je pense que c’est une des clés.
Sarah
Merci.:)
https://noursymon.com/bio/







