« Le verre c’est pour l’eau, la tasse c’est pour le café »
La « rigidité autistique » peut-elle nous libérer de la neuronormativité?
Je visite une agence créative dans le cadre d’une journée portes ouvertes.
En attendant que notre tour guidé commence, une dame nous lance:
« Faites comme chez vous, servez-vous! »
Je me dirige immédiatement vers la cuisine pour me verser un verre d’eau.
Je tends ma main vers une tasse avant de me faire couper sec dans mon mouvement par cette dame qui est pressée de me dire:
« On va aller te chercher un verre au lieu d’une tasse. »
Ce à quoi je réponds légèrement:
« Pas besoin merci, la tasse me convient! »
Insatisfaite de ma réponse, la dame tient son bout:
« Non. Les tasses, c’est pour le café. Les verres, c’est pour l’eau. On va aller te chercher un verre. »
Je fixe la tablette remplie d’une vingtaine de tasses propres en me demandant pourquoi je ne peux pas prendre une tasse, considérant qu’il y en a plus que nécessaire (j’pense que le nombre de tasses dépassait celui d’employé•es dans l’agence).
À ce moment-là, je me dis que deux « rigidités » s’affrontent:
celle de la neuronormativité, et la mienne.
En effet, je préfère largement boire de l’eau d’une tasse.
Chez moi, c’est ce que je fais.
Je préfère le goût et la texture.
Demandez-moi pas pourquoi, c’est comme ça.
Mais là, Ginette (on va l’appeler Ginette), elle, a voulait PAS que j’utilise ses tasses.
Pourquoi?
Parce que c’est comme ça.
Elle aussi, c’est comme ça.
Les verres sont pour l’eau, pis les tasses sont pour le café.
Perso, j’vois pas le problème de laisser quelqu’un boire de l’eau dans une tasse, mais je comprends que certaines personnes tiennent vraiment à leurs processus.
J’veux dire, peut-être que Ginette est autiste aussi pis elle tient bien à sa routine, who knows?
J’sais pas.
Moi j’pense qu’il peut être intéressant de creuser plus loin derrière les soi-disant rigidités parce qu’elles peuvent nous révéler des angles morts des systèmes à adresser.


