J'ai 25 ans et je vadrouille.
Réflexion libre et autobiographique sur le quotidien de Jean-Loup Roy, un jeune homme autiste, mêlant introspection, humour, vulnérabilité et petites joies de la vie.
Il n’y a pas de mode d’emploi pour vivre dans une société neurotypique, quand on est neurodivergent, atypique, marginal.
On construit l’avion en plein vol. Avec les pièces détachées.
Avoir des rêves, c’est normal. Vouloir les réaliser, aussi.
Je ne vais pas vous écrire une thèse sur le sujet aujourd’hui. J’ai plutôt envie de vous parler de moi.
J’ai 25 ans. Je suis autiste. Et je suis fonctionnel.
Je trouve que c’est péjoratif, comme terme.
Y a des journées où j’ai zéro envie de fonctionner. D’autres, où c’est 25 % ou 50 %, voire 75 %. Rares sont les journées où je suis à 100 % fonctionnel.
Bref, j’ai 25 ans.
J’ai un diplôme d’études secondaires. Un diplôme d’études collégiales incomplet. Une attestation d’études collégiales en phase finale. Mais j’ai toujours l’impression de pas rentrer dans le moule.
Dans cette espèce de moule dans lequel on doit tous rentrer dès les examens de quatrième secondaire. Celui où l’on doit trouver « sa » voie.
Ma voie ou ma voix, c’est celle de la patience, de l’adaptation, des rêves, des nuits blanches, de l’anxiété, de la frustration, des petites victoires.
J’ai 25 ans et je sais toujours pas ce que je fais de ma vie.
J’essaye d’écrire un roman. De penser à faire des films. À rêver de l’Europe. À éviter de penser à la crise climatique. À tenter de stopper le temps.
Oui, je sais que c’est un peu tout croche, comme texte. Il ne semble pas y avoir de fil conducteur, à part que je répète que j’ai 25 ans. Excusez-moi.
C’est qu’aujourd’hui, je vadrouille, comme dirait mon père. C’est lundi. Et la semaine commence. Pis, j’ai envie de rien faire.
Je me suis inscrit à une sortie au mini-putt pour rencontrer des gens. C’est dans deux semaines. Je sais déjà que je vais être crevé en arrivant là-bas. Mais bon, si ça prend ça pour sortir de son trou, je vais le faire.
Encouragez-moi un peu !
Le hockey recommence bientôt. Ça, j’en suis content. Un retour à la vie normale.
Et j’ai mon stage, encore. Continuer à apprendre. À vivre des expériences.
Cet été, je vais suivre un cours à l’université. Oui, oui. Qui l’aurait cru ?
Je suis encore un peu trop dans une bulle hivernale pour m’en rendre compte.
Chaque jour, j’ai l’impression de vivre des grandes victoires personnelles. L’UQAM, c’est le summum. C’est l’Everest de mes réussites. Quand je vais rentrer dans la salle de cours, là, je vais être heureux. D’ici là, j’ai hâte que le printemps arrive.
Bonne semaine à vous tous !
- JièL




